3 − deux =

quinze − treize =

Désormais trio composé de Little Mike, Crazy B et Dj Need, le groupe Birdy nam nam champion du monde de DMC en 2002 était en live dans le cadre du Hammer head tour le samedi 30 janvier 2016 à l’Aeronef de Lille pour un concert sold-out avec Dogg Master en première partie. Dans l’attente de la sortie de leur 4ème album Dance or die, Little Mike et Crazy B nous ont expliqué leurs envies, leur évolution ainsi que leurs coups de coeurs et leur relation avec le public et les médias.

Votre album Dance or die va sortir début 2016, pouvez-vous nous en parler un peu ?

Little mike : c’est notre 4ème album, on a déjà sorti 3 titres, 2 clips et un titre en téléchargement légal sur soundcloud, gratuit. Que dire si ce n’est que ce sera encore différent avec des points de référence aux derniers albums mais en gros c’est toujours plus large musicalement et on est assez contents, on a hâte de le partager avec notre public.

Crazy B : c’est un album où il y a des featurings à peu près pour la première fois. On a fait vraiment des chansons avec des chanteurs, rappeurs, des chanteuses. Par exemple Elliphant, Lola, Broderick, Dogg Master, un rappeur américain…

Vous vous êtes fait plaisir niveau featurings ?

Little Mike : on essaie au maximum ouais

Crazy B : Ouais on l’a fait par nous-même, on a trouvé des gens… On a pas pu avoir les gros…

Little mike : Ca a été difficile notamment pour un morceau, on cherche encore un rappeur, on cherche un truc assez caillera tu vois, assez violent, un truc assez nerveux et agressif donc oui ça a pas été simple mais aussi parce qu’on remonte notre label et qu’on se reprend en main.

Oui parce que vous n’avez plus de label du coup vous avez monté le votre et il y a beaucoup plus de travail qu’avant… Comment on en vient à se dire « on va auto-produire notre album et ce qu’on fait maintenant » ?

Crazy B : on en vient par expérience, par beaucoup de choses qui se sont passées avant, ce qui nous sont propres, notre histoire. Je vais pas rentrer dans les détails mais c’est un peu l’histoire de la musique on va dire et on est arrivés à un stade où on avait envie de plus prendre les choses, plus les contrôler, plus prendre le temps…

C’est un peu une question de liberté finalement dans ce que vous produisez ?

Crazy B : pas musicalement, je trouve qu’on a toujours été libres avec nos labels on a toujours su imposer ça. Je veux pas dire que notre label nous a dirigé musicalement, la seule règle qu’on a imposé au label c’était « nous emmerdez pas ». Après le reste c’est des histoires de business de la musique et une situation qui a fait qu’on s’est un peu retrouvés à se dire « ok on se relance dans Birdy à 3 », il y a eu le départ de Pone… C’est des décisions à faire sans nos producteurs d’avant parce qu’on voulait plus travailler avec eux. Donc c’était relancer tout ça, dans l’auto-production aidés par notre ami Michael Darmon (leur producteur, NDLR) qui manage et qui nous aide à monter ce projet et cet album .

On peut dire que c’est un nouveau départ… Il y a une rupture entre ce que vous faisiez avant et ce que vous allez faire/projetez de faire ?

Little mike : Il n’y a jamais de rupture, c’est toujours une évolution plutôt ! Il y a une rupture ; oui certe humaine avec plein de gens et professionnelle mais on voit pas ça comme une rupture. On voit plutôt ça comme un renouveau

Crazy B : C’était même notre survie, si on s’était dit qu’il y avait une rupture et que c’était fini on n’aurait pas continué. Nous on avait envie en tout cas artistiquement et je pense qu’on croyait beaucoup plus en nos capacités que beaucoup de gens autour qui nous voyaient peut-être maintenant comme morts, has been ou vieux…

Une sorte de revanche au final…

Crazy B : C’est pas vraiment une revanche mais c’est de croire en toi ; si tu fais un vrai bilan à te dire « ouais on est has been, on est morts, on a plus rien » là tu peux te dire ouais ok mais là pas du tout, on a jamais eu cette sensation. On a fait face à ça et on a continué avec ce qui se passait un peu autour de nous et avec les moyens qu’on pouvait mettre en œuvre pour continuer et retrouver le public, relancer la machine.

Finalement l’album n’est pas encore sorti, vous êtes seulement en train de le teaser avec des premiers titres et en même temps c’est quand même complet donc ça vous met la pression… 

Crazy B : C’est vrai qu’on est pas trop aidés par la presse en plus, on n’a pas de suivi…

Vous n’êtes vraiment plus suivis médiatiquement ?

Crazy B : Je sais pas moi je trouve qu’on devrait parler plus de nous (rires). J’ai l’impression qu’on est pas obligatoirement dans le bon réseau. Il y en a qui parlent de gens des fois je me demande pourquoi.

Little Mike : On est un peu mal aimés des médias ouais mais bon là-dessus…

Crazy B :  On a l’impression d’être mal aimés, pas les gens comme vous qui s’intéressent mais les gros médias traditionnels.

Little Mike : On a jamais accepté les portes qu’on a pu briser, un certain avant-gardiste musical/un certain éclectisme qui n’existait pas forcément à une époque, un rapport avec le public aussi. Le fait d’avoir poussé cette formule de 3 mecs avec des machines ou avec des platines qui font des concerts je pense que ça a inspiré par mal de monde mais que peu de gens veulent bien l’admettre.

Effectivement c’est hyper jouissif de faire des sold out sans avoir aucun suivi médiatique, aucun retour et j’ai envie de dire avec le recul qu’on est encore plus touchés par l’attention du public et par le fait qu’ils soient si nombreux envers et contre tout et qu’ils continuent à croire en nous, en nos projets… Ca nous touche particulièrement, d’autant plus qu’on y a mis beaucoup d’énergie et qu’on gère tout nous-même donc il y a un truc qui est d’autant plus gratifiant.

Vous parliez des featurings et il a l’air d’y en avoir beaucoup sur votre nouvel album : c’est une nouvelle perspective avec un objectif de toucher plus de monde ?

Little mike : L’objectif avant tout c’était d’aller au bout de nos envies, on a beaucoup expérimenté dans la musique et c’était une nouvelle manière d’expérimenter parce que c’est quelque chose qu’on a jamais fait sous cette forme et en parallèle une volonté de s’ouvrir à un plus grand nombre parce que se couper les oreilles sur chaque album on l’a déjà fait tu vois, faire de la peinture abstraite on l’a déjà fait, taper la gueule des gens on l’a déjà fait… Après cette période pluvieuse et après le dernier album qui était assez pluvieux lui aussi on avait envie d’ouverture harmonique et de mettre les pieds dans le plat, d’assumer nos cultures autour du hip hop, de la funk, du rap, de la miami bass, de la r’n’b, de tous les trucs qui sont à la base et que certain ont décidé d’oublier parce que la genèse du groupe, c’est quand même le hip hop la culture qui nous a réuni même si on est pas des fervents défenseurs de cause, on est pas des Che Guevara de la musique c’est juste qu’on a décidé d’assumer nos influences.

Crazy B : Nos influences, tout ce qu’on aime et puis on le partage, enfin ça reste que de l’amour tout ça…

Little Mike : Que ça soit fort ou doux c’est l’amour (rires).

En parlant de featuring, vous avez aussi collaboré avec Skrillex en 2012 pour le titre « Goin in » et comment ça s’est fait ?

Little Mike : En fait il était en discussion avec les gens de notre ancien label et il s’avère qu’il a entendu notre ancien album et c’était une manière pour Skrillex et ce label de collaborer. Il nous a aussi vu en live tout péter à Artefacts (Festival à Strasbourg courant avril, NDLR) et du coup ça s’est fait assez naturellement. On lui a fait un premier remix, puis un deuxième un troisième un quatrième un cinquième un sixième du même morceau (rires) et un de ces remix, il l’a fait écouter à ASAP Rocky et donc de ce remix est né le morceau « Wild for the night » avec ASAP Rocky sur lequel on est en featuring.

C’est assez fou quand même…

Little Mike : Ouais la première fois qu’on l’a entendu on était comme des dingues, d’où l’envie de faire des featurings.

Vous avez des inspirations niveau artistes ?

Little Mike : Boh comme tout le monde enfin moi personnellement j’écoute que du rap. Le dernier album que j’ai écouté et que j’écoute tout le temps c’était PNL après en rap français on aime bien MHD c’est Afro trap enfin en parallèle y a plein de trucs hyper frais. La scène américaine tu vois je veux dire Drake, Meek Mill je les mets exprès l’un à côté de l’autre. Nico (Crazy B) il est bien branché house depuis un moment aussi. On aime bien plein de styles musicaux après y a plein de trucs mortels même en électronique en France y a les mecs de Point point, Alesia tu vois avec qui on partage les studios, qui sont vraiment des mecs hyper talentueux et dont on aime la musique aussi. On continue à écouter et à être curieux et intéressés par tout ce qui se passe.

C’est une richesse de toujours aller rechercher vers ce qui se passe à côté pour dire finalement ce qu’on fait…

Crazy B : Ça fait longtemps qu’on le fait, on avait beaucoup d’avance je pense. On a écouté beaucoup de trucs qui sont maintenant actés 4/5 ans après. La trap, moi je faisais des sets de trap en 2011 ou 2012, aucun dj hip hop le faisait. En ce moment j’ai un peu plus de mal à trouver des trucs super frais…

C’est votre album qui est super frais (rires)

Crazy B : Bien sûr !

Little Mike : On espère

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Vous avez un certain rapport avec le public, vous êtes plutôt des artistes de studio ou de live ?

Crazy B : Les deux. Ça a toujours été les deux et justement retrouver la scène après de longues périodes de studio ou t’as préparé et arrivé au stade où t’en as marre d’être entre quatre murs et que t’as envie de retrouver les gens, d’être en live, là t’apprécies à nouveau et puis après tu retournes, tu retournes, tu retournes, et là t’es content de retourner en studio parce que t’as un peu trop tourné pendant trois quatre ans, mais c’est les deux.

Little Mike : la scène c’est ce qui a fait que Birdy nam nam a existé. Avant de faire de la musique et de s’inscrire dans la durée en faisant des disques, on faisait des compétitions de DJ et on était jugés pour des sets de 6 minutes devant du public tu vois du coup la scène c’est indissociable de Birdy nam nam. Après effectivement, l’un et l’autre se complètent, on ne pourrait pas faire que de la scène ou que du studio.

Crazy B : Après c’est bien de se poser, t’es obligé de toute façon pour créer de la musique et tout ça, y a des gens qui font que de tourner mais ils te jouent les mêmes morceaux pendant 15 ans et ils en créent pas d’autres. Nous on s’est toujours un peu remis en question, on a toujours fait de la musique différente quitte à choquer certains publics de Birdy et à chaque album on a toujours eu des gens « ahhh c’est quoi ça ? » Ben oui on est des artistes, on fait de la musique et on essaie de proposer un truc différent et pas avoir une recette et la garder, ça ne marcherait même pas.

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Est-ce que la scène pour vous c’est un lieu d’expérimentation ?

Little Mike : Non, le concert est travaillé en résidence, en répétition, c’est travaillé de la première à la dernière minute. On n’essaie pas de raconter une histoire parce que c’est nul mais qu’il y ait une sorte de dramaturgie, que ça commence quelque part et que ça arrive à un pic, une apogée.

Crazy B : Après un peu si dans le sens où il y a des morceaux que les gens n’ont jamais entendus et qu’ils les découvrent sur scène et il n’y a pas énormément de groupes qui prennent ce risque. Là c’est un peu partagé : on a nos classiques maintenant on a quand même 12 ans ou 13 ans voir 14 ans d’expérience donc il y a quand même des choses dont on tient compte mais par contre on assume complètement de proposer de la nouvelle musique jamais entendue par les gens et ça c’est toujours un risque et c’est peut-être de ce côté que c’est un peu expérimental.

Et vous êtes attentif à la réaction du public à ce moment-là ? Parce que quand on fait de la musique en studio on ne la partage pas forcément avec un grand nombre de gens et là c’est pour la première fois que vous allez la proposer…

Crazy B : On fait nos versions live donc quand on travaille le live on essaie déjà de penser à l’effet que ça peut procurer mais effectivement avec le live qui se rajoute on peut corriger des choses dire « ah ouais là c’est bon » mais obligatoirement on ne peut pas avoir la science infuse, on hésite pas à repenser nos lives pour les affiner, c’est pour ça qu’après ça devient la machine de guerre. Ce qui est bien c’est qu’on n’a jamais proposé un show où on est restés quatre ans avec…

Little Mike : Il y a plein de morceaux de l’album qu’on ne joue pas encore et qui à terme seront rajoutés, on essaie au maximum de rester dans une évolution.

Est-ce que vous avez un coup de cœur live en 2015, ou un album ?

Little Mike : en 2015 j’ai eu l’impression d’être en prison (rires), dans une salle noire qui sent la cigarette.

Crazy B : Je crois qu’on n’est jamais allés à un concert en 2015…

Little Mike : Ouais non on n’est pas allés voir de concert je m’en souviendrais, j’ai fumé trop de joints dans ma vie ça me fait défaut (rires).

Y a-t-il un cliché musical qui vous énerve particulièrement ?

Little Mike : Ben tous les clichés qui nous concernent parce que comme on disait tout à l’heure, on nous voit souvent là où on n’est pas. Les gens de l’électro pensent qu’on est du hip hop, les gens du hip hop qu’on est de l’électro, les premiers fans d’« Abbesses » pensent qu’on devrait rester attachés à la platine et pas évoluer dans notre manière de vivre et de travailler la musique sauf qu’aujourd’hui on travaille avec des ordinateurs, on travaille avec des synthés.

Oui c’est plus l’époque de 2002 où vous étiez champion du monde de DMC…

Little Mike : Oui voilà, il y en a plein des clichés nous concernant.

Crazy B : Nous on reste honnêtes par rapport à ce qu’on est, ce qu’on fait, comment on fait la musique. Bon après à côté de ça on fait sold out et il y en a qui nous suivent quoi qu’il arrive, je pense parce qu’ils captent que la musique c’est une énergie, que c’est un partage et c’est pas plus que ça.

Little Mike : Non et puis honnêtement on est les meilleurs en live sur la scène électronique (rires). On n’a pas besoin d’aller les voir, c’est eux qui viennent nous voir ! Non y a une certaine forme de second degré mais en tout cas tous les groupes électroniques…

Crazy B : Ouais quand tu vois tous les groupes de maintenant, c’est des mecs qui jouent sur des CDs quoi…

Little Mike : Ouais les mecs qui font rien, qui appuient sur un bouton et qui fument des clopes tout leur concert en se donnant des airs de génie de la musique, j’ai personne en tête mais j’en ai vu plein des mecs comme ça. Si on doit se donner une force c’est qu’en live on pète tout tu vois, c’est la seule forme de prétention qu’on aura. On ne parlera pas du fait d’avoir été un peu avant-gardiste/dans un certain éclectisme à une époque où il y avait une scène hip hop, une scène house et que jamais ça ne se mélangeait. Nous on est à la fois des punks, on est à la fois un groupe de hip hop, un groupe de techno, on est aussi des kissman, on aime bien la funk, on danse enfin tu vois on est festifs, blagueurs… On nous a souvent fait passer pour des punks à chien, mais on n’a rien de punks à chien.

On ne pourra jamais vous mettre une étiquette…

Little Mike : Si, la seule étiquette c’est qu’on est inclassables au final enfin de notre point de vue. Après là c’est une interview, on est obligés de se la raconter un peu (rires). Après on n’est pas des pompiers, dans nos vies de tous les jours on se considère pas quand on parle avec les gens comme étant plus important que les uns ou que les autres, on fait juste notre truc et on a décidé d’accepter nos forces et voilà.

Du coup vous gérez aussi tous vos clips vous-mêmes, c’est vous qui les réalisez ?

Little mike : Non, on réalise toutes nos petites vidéos facebook

Crazy B : On a mis l’argent pour qu’ils se réalisent avec les productions, mais on a fait le deal en direct.

Vous voulez que cet album renvoie quoi de vous ?

Crazy B : Qu’on est toujours là, dans un bon esprit

Little Mike : (chantant) Qu’on est encoooooore là et voilà qu’on veut tout péter

Crazy B : Ouais ouais tout péter on a de l’ambition, le travail qu’on a fait en auto-prod c’était pas pour se noyer dans un truc underground, noir à dire « ouais fuck ». Non, nous on est super ambitieux.

Little Mike : L’ambition de cet album mais c’est l’ambition de notre groupe depuis le début elle est qu’on oublie la manière dont on fait la musique mais qu’on s’attache à des émotions et qu’on s’attache à des énergies. Nous le vrai problème si on doit revenir à la question de tout à l’heure, l’étiquette qui nous dérange c’est l’étiquette de technicien de la musique tu vois. C’est comme si t’allais au resto, que t’adorais un plat mais que t’avais besoin de demander au cuisto quel ingrédient il a utilisé, à quelle dose, je veux dire ça n’a aucun intérêt. Nous on fait de la musique pour faire passer des émotions, on nous a trop souvent collé une étiquette de technicien de la musique sans jamais accepter les émotions, l’énergie et les sentiments.

A quoi vous fait penser le mot Pedromadaire ?

Crazy B : Un dromadaire portugais

Little Mike : à Jean-Pierre Mader

Nous tenons à remercier Little Mike et Crazy B pour leur gentillesse et leur sincérité, ainsi que pour le live exceptionnel de Birdy nam nam à l’Aeronef.