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Depuis septembre 2015, des sons étranges s’échappent du théâtre du Vieux Colombier, à Paris. Certains affirment y avoir vu le Kraken, d’autres encore un étrange machine fumante de toute part… Mais ceux qui s’y rendront découvriront, le temps d’une heure et demie, le monde inconnu des fond marins accompagnés du capitaine Némo et du fidèle Nautilius. 

 

Vous l’aurez compris, il s’agit de l’adaptation du célèbre roman de Jules Verne : Vingt mille lieues sous les mers. Mise en scène par Christian Hecq et Valérie Lesort , la pièce nous fait redécouvrir les héros du roman: le capitaine Némo, le professeur Aronax, Conseil, Ned Land… Nul besoin d’avoir lu le livre, l’adaptation est libre et l’histoire simple à comprendre. Ce qui n’a pourtant  pas été simple, c’etait de transposer un décor océanique sur un plateau de théâtre… Quand le public s’installe, ce n’est pas un rideau rouge qui sépare le plateau de la salle, mais bien un rideau couleur métal: la coque du Nautilus. Derrière, on découvre l’intérieur d’un sous-marin: tuyaux, boutons, levier, hublots… Un décor hyper réaliste qui nous immerge (sans jeux de mots) dans les fonds marins. La scénographie signée Eric Ruf (administrateur de la Comédie Française) est parfaite du début à la fin. Tout est là, jusqu’au moindre détail. Un hyper réalisme qui nous transporte dans le fantastique : n’est-ce pas merveilleux?

L’intérieur cosy du Nautilus, signé Eric Ruf

La pièce est un huis-clos : toute l’action se passe dans la même pièce du sous-marin. Toute l’action? Peut-être pas… Le grand hublot est une porte vers le monde aquatique et extraordinaire, encore inconnu de l’homme. Christian Hecq et Valérie Lesort ont utilisé une technique spécifique afin de créer l’illusion de l’eau et des flottements: les marionnettes. Manipulées par les acteurs eux-même, elles offrent des possibilités quasiment infinies de jeu: prolongement du corps, partenaire de jeu… Le spectateur peut voir surgir du lointain un poulpe géant, des bancs de poissons reluisants ou encore des méduses illuminées par leur électricité naturelle, moment magique du spectacle. Le jeu extrêmement précis des acteurs ajoute du prodigieux à l’aventure. Ils nous emportent avec leur gestuelle calculée au millimètre, leurs mimiques hilarantes et leur burlesque assumé.

Et la technique dans tout ça?

Les marionnettes sont manipulées par les acteurs eux-même. Deux semaines de répétitions en plus (sur les huit de prévues) ont été nécessaires afin de les former à la manipulation. ​“On l’a [la manipulation] découvert ensemble parce qu’on ne sait jamais comment une marionnette va fonctionner, elle a un secret qu’on ne connaît pas avant sa naissance”, nous dit Christian Hecq. Le processus de création a donc été parallèle au processus d’apprentissage.

Ayant déjà joué avec des marionnettes avant de rentrer à la Comédie Française, le metteur en scène avait le désir de faire rentrer cet art dans la maison de Molière.

Même les techniciens (trop souvent oubliés) sont mis à l’épreuve pendant la représentation.

Christian Hecq et ses marionnettes, lors du bord de scène.

Afin de ne pas laisser entrevoir les comédiens pendant qu’ils manipulent les marionnettes, seul un filet de lumière doit éclairer le devant du plateau. Pour cela,les techniciens s’équipent d’un couteau et coupent le phare. Effet réussi! La salle est dans un noir quasi complet et seule une petite lueur éclaire la scène. Eric Ruf, le scénographe, s’est inspiré de la forme de la salle du Vieux Colombier pour construire le Nautilus. L’arrondi du plafond et la structure apparente se retrouvent dans le sous-marin. Le public, grâce à ce prolongement de la salle, se retrouve comme englouti par ce décor, se met à voir et à vivre avec les personnages tout ce qu’ils aperçoivent, tout ce qu’ils expérimentent… Rien n’est laissé au hasard, mais l’imagination du spectateur fait réellement le spectacle. Et quand on a un plateau travaillé, des acteurs précis et des marionnettes somptueuses, ça donne: le Molière de la création visuelle en 2016!
Aller, on y court, on y vole, on y nage, au théâtre du Vieux Colombier, jusqu’au 12 mars (j’ai entendu dire qu’il restait quelques places, mais chut..)

 

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