cinq + dix =

quinze + dix-huit =

La Pazza Gioia (ou Folles De Joie) du réalisateur italien Paolo Virzì est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2016.

Béatrice est internée dans un hôpital psychiatrique en Italie. Elle pense que la villa où se trouve l’hôpital, est un don de sa famille à l’Etat. Elle est aussi persuadée d’être une comtesse richissime. Au milieu des autres patientes, c’est la seule qui semble ne pas être désabusée de la vie et qui prend un malin goût à la manipulation. Elle refuse de se socialiser avec les autres,  juge et se moque sans remords jusqu’au jour où Donatella, patiente dépressive au corps recouvert de tatouages et de scarifications, intègre le centre et se retrouve installée dans sa chambre. Malgré des mentalités complètement différentes, les deux femmes vont développer une complicité les menant jusqu’à fuir l’hôpital psychiatrique pour chercher “un peu de bonheur”.

La_Pazza_Gioia_03_(c)PAOLO CIRIELLI

La Pazza Gioia rappelle que dans les hôpitaux psychiatriques, il y a une vie et que les personnes internées sont de profils divers et variés. Dans ce monde parallèle, les patientes font face à une nouvelle hiérarchie, de nouvelles règles. Les difficultés de la vie existent toujours dans les relations inter-humaines. Virzì nous montre que dans l’hôpital, tout le monde n’est pas consciencieusement obligé de prendre la réalité au sérieux. Dans la vraie vie, comme dans cette micro-société, on peut avoir un certain recul. L’organisation n’est pas infaillible (les patientes en descendent par exemple à la cave, dans la nuit, pour consommer de l’alcool pendant qu’une autre patiente fait une crise). La seule présence masculine d’un prêtre lors de la messe crée un événement autour des patientes qui se pressent d’aller recevoir “le corps du Christ”. Les séquences dans le cadre presque paradisiaque de l’hôpital psychiatrique sont très drôles. La villa, la verdure, le soleil et les activités extérieures, le tout dans des couleurs dynamiques, nous ont plus fait penser à une ambiance de colonie de vacances au mois d’août qu’à un centre où sont enfermés des malades.

Le fait que Béatrice et Donatella deviennent amies est plutôt inattendu étant donné que Béatrice refusait d’être d’être en contact “avec des fous”. Donatella, elle, est froide, maigre, ne porte pas d’importance à l’apparence physique ni à Béatrice.

Un besoin de liberté et de renouer avec la réalité

Lorsque les deux personnages prennent la fuite vers la ville, elles ne se doutent pas qu’en renouant avec la réalité, leur passé allait resurgir. Béatrice devient finalement le stimulateur de vie de Donatella en l’incitant progressivement à renouer avec les drames qu’elle a vécu. En fouinant dans la vie de Donatella (en regardant son portable, sa fiche médicale, en posant des questions), Béatrice lui fait reprendre conscience de son passé enfui. La brutalité de certains membres de la famille et des connaissances des deux femmes nous montre que finalement, ce ne sont pas elles les moins humaines. Le retour dans la réalité est paradoxal, puisque d’un côté elles cherchent le bonheur et ne veulent pas retourner au centre, mais de l’autre elles vont faire face à un monde très sombre, violant et difficilement supportable. Dans leur folie, les deux femmes ne parviennent pas à respecter  ni les codes,  ni les normes et les règles de la société (elles ne payent pas, volent…). Derrière cette folie, se cache cependant une grande humanité des personnages, épuisé par leur “maladie” mais aussi par un passé qui ne leur a pas permis un épanouissement.