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C‘est une personne simple et parfaitement fidèle à ce qu’il renvoie dans ses chansons qui se présente à moi pour l’interview. La casquette vissée sur la tête et le sourire au coin des lèvres sont des signes reconnaissables de ce personnage que l’on n’a pas  l’habitude de croiser sur une scène mais plutôt à un marché ou au coin de la rue. Pourtant, Gauvain Sers commence à faire son petit bonhomme de chemin dans le milieu musical.

Pedromadaire : Dès le début de ton album avec la chanson « Pourvu », on sent qu’il est très référencé (Tintin, Le dîner de cons, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain…). Il y avait une envie de montrer cela ?

Gauvain Sers : Oui, c’est important, je trouve. C’est la première chanson, c’est une chanson de présentation, ça explique un petit peu ce que j’aime et ce que j’aime un peu moins dans la vie à travers le portrait de la « femme idéale ». Et ça permet de mieux me connaître en écoutant la chanson et pour ouvrir un premier album, je trouvais ça important. Ça permet de donner des indices sur ce qui va se passer dans la suite de l’album.

Pedromadaire : C’est un album très doux, c’est toi qui l’as composé entièrement ?

GS : Je l’ai entièrement composé, il y a une chanson qui est coécrite et interprétée avec un chanteuse qui s’appelle Clio. C’est la seule chanson collaborative de l’album.

P : Il y a beaucoup de chansons pour les autres, c’est un besoin d’en parler ou plutôt une source d’inspiration ?

GS : J’aime pas quand les albums sont vraiment trop autocentrés et que l’on parle que des petits soucis de soi-même. Et j’avais envie qu’il y ait des chansons qui parlent de moi, qui soient un peu plus « égoïstes », mais aussi des chansons qui parlent des autres, de la société, de ce qui se passe autour de moi, de l’époque d’aujourd’hui et des gens qui me touchent. J’espère avoir fait un mélange de tout ça pour que l’on ne s’ennuie pas.

P : C’est un album engagé dans certains morceaux contre Morano dans « Pourvu » ou contre le FN dans « Hénin-Beaumont ». On sent qu’il n’y a pas de reproches derrière et qu’il y a une pointe d’optimisme dans ce que tu chantes.

GS : Il y a des chansons optimistes et des chansons un peu plus colériques, un petit peu plus sociales aussi. Je crois que c’est important, ce sont les chansons que j’ai le plus écoutées et quand j’ai commencé à en écrire, c’est naturellement que je suis parti dans ce genre là. C’est intéressant, aujourd’hui qu’un artiste donne son avis et puis qu’il le défende. Mais je ne me pose pas la question, je ne me dis pas : « je vais faire une chanson engagée ». C’est vraiment sur la volonté du moment, c’est une réaction, une émotion. Il y a des chansons « coup-de-gueule », des plus légères, des chansons portrait, sur le quotidien : ça fait pleins d’émotions.

P : La chanson « Dans la bagnole de mon père » est très intéressante au niveau des souvenirs. C’est quelque chose qui m’a beaucoup parlé et marqué. Est ce que c’est là que tu as fait ta culture musicale ?

GS : Oui, exactement. Cette chanson, je l’ai écrite aussi pour ça, c’est le début de l’histoire musicale. C’est dans la voiture à écouter les premiers chanteurs, ce sont les premiers guides de la vie. J’ai des souvenirs d’être à l’arrière avec mes frères à découvrir les chansons, essayer de les apprendre pour être celui qui le connaît le mieux par coeur. C’est une chanson universelle parce que je pense que l’on a tous vécu un peu à un moment donné.

 

P : Y avait quoi dans la bagnole de ton père ?

GS : Je le dis dans la chanson : Ferrat, Brassens, Brel, Renaud, Souchon, Leprest… A côté de ça, il y avait pas mal de folk américain : Neil Young, Simon and Garfunkel, Bob Dylan et puis d’autres grands évidemment comme les Beatles ou les Stones.

P : Dans un « Clodo sur toute la ligne », il y a une petite référence un peu cachée à Jean-Pierre Jeunet, avec le clodo qui ne travaille pas le dimanche.

GS : Il y a pas mal de clins d’oeil dans l’album, c’est difficile de tous les avoir.

P : Donc ça te fait quoi d’avoir collaboré avec Jean-Pierre Jeunet pour le clip de « Pourvu » ?

GS : Ça a été une super expérience et une belle aventure. Une espèce de rêve qui se réalisait parce que moi, c’est mon réalisateur préféré et c’était mon tout premier clip ! Forcément le faire avec lui, c’était très touchant. J’ai appris beaucoup à ses côtés et c’était une belle surprise parce qu’à la base, c’était un peu un de nos rêves avec la maison de disques de le faire avec lui. On lui a proposé, il nous a dit « non » tout de suite. Il avait pas fait de clips depuis quelques années et ça ne l’intéressait plus. Il avait pas encore écouté le titre et quand il l’a écouté, il a vu que je parlais d’Amélie Poulain, il a eu des idées de réalisation et finalement, il a changé d’avis et je suis super content parce que c’était une super rencontre humaine et artistique.

 

P : Le clip sert bien la chanson de plus.

GS : Il est décalé par rapport au texte et en même temps, il y a plein de références…

P : …notamment à ses propres films.

Dans l’album, il y a un attachement à la Creuse et ça devient même un argument de vente. (il rit) Il y a un nouveau festival lancé par Manu Chao dans la Creuse « El Clandestino », les Fatals Picards qui ont fait une chanson en mentionnant ce département ; tu n’as pas peur d’une affluence trop importante dans celui-ci ?

GS : (rire) Je crois que l’on a un peu de marge quand même. C’est vrai qu’il y a pas mal de gens qui viennent en vacances mais aussi acheter des barraques en Creuse pour avoir la paix, la tranquilité. Pas mal d’étrangers d’ailleurs, des anglais, des hollandais… Il y a une marge avant qu’il y ait la foule là-bas et je suis très attaché à ça parce que ce sont mes origines, mon enfance, j’ai grandi là-bas et j’y ai tous mes souvenirs. La Creuse est souvent décriée dans les média, c’est celle que l’on moque un petit peu, je trouvai ça marrant de prendre le contre-pied et de jouer la carte de la fierté en autodérision. C’est devenu un peu un étendard alors qu’à la base, c’était plus pour déconner.

P : Il y a eu une polémique autour du festival El Clandestino avec la menace des Jeunes Agriculteurs de la Creuse et de la FNSEA. Comment tu te positionnes là-dessus ?

GS : Quand tu vois des documentaires sur les conditions de vie des animaux, ça fait froid dans le dos et j’ai même du mal parfois à les regarder jusqu’à la fin. J’imagine qu’il va falloir que ça change parce que c’est horrible, ce sont des animaux comme les autres.

P : Dans la mythologie arthurienne, Gauvain, c’est le chevalier au lion. Tu es plutôt lion ou cerf ?

GS : (rire) Je suis plutôt cerf !