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Fort d’un nouvel album magnifique, Beyond, Naâman traverse l’Europe et part à la rencontre de son public. À l’occasion de la soirée reggae Is This Love, au Zénith de Lille, le Pedromadaire a eu l’honneur de discuter avec lui.

Petit retour en arrière : fin 2016, lors de ta tournée, tu as parcouru l’Europe, et tu as traversé le monde, en te rendant dans des îles du Pacifique. Penses-tu que ces voyages t’ont inspiré pour Beyond, ton nouvel album ?

Tout inspire. Ce qui se passe dans un album est le résultat de ce que l’on a traversé dans la vie, enfin, en ce qui me concerne. Le fait de se retrouver dans des paysages hallucinants, rencontrer des gens très différents et qui ont une autre approche de la musique m’a énormément influencé.

Comme ton voyage en Jamaïque, qui t’avait énormément porté…

Oui, bien sur ! C’est le premier voyage que j’ai fait et il a énormément compté pour moi. Me confronter à des musiciens ainsi que des ingénieurs jamaïcains ça a été une grosse expérience qui m’a apporté de la confiance pour la suite.

Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Toots Hibberts, du groupe Toots & the Maytals, figure emblématique du reggae ?

C’était incroyable. Je l’écoute depuis très longtemps. Il nous a invités chez lui après l’avoir contacté par le biais d’une connaissance commune. Il a accepté en échange que je fasse un featuring pour son album, ce qui est plutôt classe. Je suis allé chez lui et on a enregistré deux morceaux, une espèce de ska moderne.

Dans Beyond, et plus précisément sur le morceau Own Yourself, il y a une chose assez rare : un couplet en français. Pourquoi ce choix ?

Juste parce que ça allait bien dessus. Lors de l’enregistrement du morceau, j’ai commencé à faire un freestyle en français, un petit craque durant lequel j’ai imité des rappeurs, et il se trouve que ça passait super bien ! Je me suis dit « Putain, le français ça tue là-dessus ! », du coup j’ai traduit mon couplet en français, et c’est juste super.

On peut donc s’attendre à de nouveaux morceaux en français ?

C’est fort possible ! Je ne l’ai pas encore planifié mais c’est plus que probable !

Pour ce nouvel album, tu as créé ton label, Big Scoop Recors. Pourquoi ne le faire que maintenant ?

Avec Fatbabs on l’a créé il y a un petit bout de temps, mais ça prend du temps à mettre en place et il n’a été effectif qu’à la sortie de l’EP Daily Jam de Fatbabs. Notre précédente association nous convenait car elle gérait parfaitement l’administratif mais on a fait le choix de prendre en autonomie.

Tu es un artiste productif, avec 5 albums/EP depuis 2012. C’est important pour toi de créer de la musique régulièrement ?

On a besoin de renouveau. On se lasse rapidement de nos albums et quand on est en tournée, on a envie de proposer de la nouveauté. Je n’ai pas envie de chanter les mêmes chansons à longueur de temps. Ça ne dérange pas certains artistes, moi j’aime bien proposer du nouveau contenu. Après, il y des artistes beaucoup plus productifs que nous (rires).

Un titre dont tu es particulièrement fier dans Beyond ?

En terme de production je dirais incontestablement Own Yourself, mais en terme de profondeur je dirai Beyond. Beyond (ndlr : morceau acoustique de l’album) est un morceau simple mais pur. Je voulais éviter toute grosse forme de production et en faire quelque chose sans artifices. Un jour peut-être on le produira, mais l’acoustique colle parfaitement avec le message.

On retrouve de nombreuses sonorités rap/hip-hop dans Beyond, peux-tu nous en parler ?

C’est le fruit naturel de mes influences. Ma culture influence énormément ce que je fais, puis la culture et le hip-hop sont étroitement liés. Ce sont deux genres musicaux qui viennent du soul-system. Puis comme Fatbabs vient du hip-hop, ça a également contribué.

Comment s’organise la composition d’un morceau ?

Ça dépend. Certains morceaux sont écrits à la guitare pour ensuite être travaillés en studio avec Fatbabs. Pour d’autres morceaux, je pose mes écrits sur la production de Fatbabs et si ça colle, on arrange un petit peu la musique pour qu’elle s’adapta parfaitement au texte. Je ne m’impose aucune règle.

Comment considères-tu le reggae dans le panorama musical français ?

Il pourrait plus se développer dans le sens où il faudrait que les maisons de production et les radios s’y intéressent. Aujourd’hui il y a une vraie veine rap/hip-hop, et il manque une vague reggae/pop qui pourrait susciter encore plus d’intérêt pour le reggae. Après, est ce que ça desservirait ce genre musical, je n’en sais rien. Dans tous les cas, le reggae français est pour l’instant très actif, le reggae se mêle à énormément de styles de musique différents et il a donc de quoi vivre encore longtemps. Je ne peux que souhaiter que le reggae soit un peu plus diffusé et joué à la radio.

« Petit à petit, il y a un éveil des consciences et je compte énormément là-dessus. »

En tant que compositeur et chanteur reggae, ce n’est pas compliqué de continuer à diffuser des messages humanistes et des ondes positives dans une société où énormément de gens sont défaitistes et ont parfois de mornes idées ?

Heureusement pour nous, il y a des gens qui nous écoutent. Ils continuent à y croire. Mais c’est sur que quand on écoute les médias, ce n’est pas très réjouissant. Mais aujourd’hui pas plus qu’hier, ça a toujours été. Petit à petit, il y a un éveil des consciences et je compte énormément là-dessus.

Te considères-tu comme un artiste engagé ?

Pas vraiment. Enfin… Je ne sais pas. Peut-être que si parce que je reste fidèle à mes convictions. Aussi bien dans ma vie que dans mes chansons. Je m’engage à diffuser du positif, à être conscient, à essayer de passer le meilleur dans ma musique, à mettre des valeurs. Je m’engage à mettre le bon en avis. Je souhaite seulement faire quelque chose de conscient, qui soit bon pour le monde. Si l’on me propose de mettre ma musique au service d’une cause, c’est avec grand bonheur que je le fais.
Je veux donner de l’espoir. Pas donner un espoir que demain sera meilleur mais faire comprendre que tout se joue maintenant, et que tout est possible. On a tous un potentiel de dingue, ancré au fond de nous. Si on regarde au fond de soi et qu’on trouve le reflet du monde dedans, je peux te jurer que tout va s’arranger. Bien évidemment, ce n’est pas gagné ! Il faut jouir de sa liberté et cultiver ce qu’on a de meilleur en soi.

Que dire aux détracteurs du reggae ?

Il y a une dimension qu’il faut parvenir à pénétrer dans le reggae, et je comprends que ça puisse ne pas être facile pour tout le monde. Chacun a son propre rapport à la musique, il en faut pour tous les goûts. Le principal est que l’on soit en harmonie avec le monde dans lequel on se trouve. C’est les différences qui font notre force.

Et qu’est-ce qu’écoute Naâman ?

J’écoute énormément de vieux reggae ou bien les nouveaux projets d’amis à moi, comme le dernier album de Marcus Gad. Certains morceaux du dernier album de Damian Marley sont incroyables.

Pour finir, la question traditionnelle : qu’est-ce que t’évoque le nom Pedromadaire ?

Mon coloc s’appelle Pedro (rires) alors je l’imagine bien avec une tête de chameau. Mais en tout cas le nom tue !

Merci à Érica d’avoir rendu cette interview possible.