Deux vélos, deux amis, partent sur les routes et les chemins pour retracer le parcours de l’enfant perdu, Youri. En salle le 26 février, À bicyclette ! est le nouveau film de Mathias Mlekuz, ou plutôt une histoire vraie mise en image, sans fiction, sans dialogue écrit. Simplement une pluie d’émotions embarquée sur une bicyclette, vers Istanbul.
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5 000 kilomètres, de la Rochelle à Istanbul. Mathias Mlekuz propose à son meilleur ami, Philippe Rebbot, de partir avec lui pour entreprendre un voyage au service de la mémoire de son fils Youri. À partir du récit de voyage du fils, il souhaite poursuivre le même trajet et emprunter les mêmes chemins, mais aussi ressentir les derniers lieux qui lui ont permis de se sentir vivant, les paysages, les personnes qu’il a rencontré avant de mettre fin à ses jours. L’histoire ne relève d’aucune invention, rien ne vient troubler l’émotion, le public se retrouve face à un père le cœur meurtri d’un fils perdu. Au-delà du drame, le but est de faire revivre Youri dans une « ode à la joie ».
« Le drame reste, mais la résilience vient par la communion avec le public »
La peur de livrer un récit si intime au public est présente avant la sortie du film. Car « qui aurait pu être intéressé par cette histoire ? », s’interroge Mathias Mlekuz. Peur du voyeurisme, d’un mauvais accueil du film : ce qui aurait pu faire hésiter les deux amis s’est dissipé très vite. « Mais même sans caméra on aurait filmé cette aventure à l’IPhone » souligne Philippe Rebbot lorsque la question du financement est évoquée. Il aura fallu une seule nuit à Philippe Rebbot pour retrouver son vélo et dire oui à son ami.
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Le drame reste même après le voyage. Ce contexte particulier permet d’accéder à des discussions profondes entre les deux amis. Le film rencontre chaque spectateur différemment selon les thèmes qui le touche. Comment être une bonne personne, un bon père, un bon ami, et comment survivre après la perte d’un être cher ? C’est peut-être toutes ces questions qui ont permis au public de s’identifier et de comprendre le film, « le drame reste, mais la résilience vient par la communion avec le public » insiste Mathias Mlekuz.
Comment filmer un voyage comme celui-là ?
Aucun dialogue écrit, plus de 150h de rushs, et des prises très longues qui couvrent les journées et soirées du voyage. Ce tournage a donné du fil à retordre à l’équipe technique, car aucune consigne n’est donnée par Mathias Mlekuz. « On ne voulait refaire aucune prise », si une prise n’est pas bonne elle ne sera pas utilisée. Les deux comédiens précisent qu’ils n’ont joué aucune scène ou émotion et que le film s’apparente à « un documentaire filmé par deux comédiens ».
À bicyclette ! propose de se connecter à une histoire humaine, sans scénario prévu à l’avance. Ce film est un poème, où l’on raconte une partie infime de la vie de Youri. Sans ne l’avoir jamais vu, le spectateur imagine l’enfant à travers les yeux de ses proches. Après une heure et vingt-neuf minutes, les yeux se ferment, la mélodie s’enclenche. La bicyclette de Pierre Barouh résonne en bande originale du film. Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicyclette…